Géographie de la Bretagne/La Bretagne dans l'espace français

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Bretagne et espace français (1994)

Auteur : Pierre-Yves Le Rhun


Bretagne, une division territoriale insurmontable ? (2014)

Auteur : Pierre-Yves Le Rhun

Depuis une vingtaine d’années on assiste à l’amplification du souhait de réunification des cinq départements bretons dans une même région. On observe par ailleurs le refus constant des gouvernements successifs de procéder à une réorganisation des régions du Nord-Ouest. Après s’être interrogé sur la puissance de la revendication et les facteurs de blocage, on explorera les issues envisageables. En tout cas il s’agit bien d’une question importante d’aménagement du territoire : créer des régions administratives et en fixer les capitales est un acte fort. Il en résulte des effets à long terme sur les villes et les territoires, comme ce fut le cas pour la création des départements et le choix de leurs préfectures.

La montée en puissance de la revendication

L’affirmation de l’identité bretonne renforce le souhait de réunification

Dans les trente dernières années, les Bretons ont de plus en plus assumé leur identité collective. L’un des signes les plus emblématiques en est le drapeau breton, bien visible dans les manifestations publiques. Adopté par tous les partis politiques, il flotte sur les mairies entre les drapeaux français et européen, ce qui témoigne d’une triple appartenance territoriale : la renaissance identitaire bretonne n’entraîne pas un repli sur soi ni un rejet de la France et de l’Europe.

Le réveil identitaire conduit à réclamer des améliorations fondamentales dans l’organisation de la société, de son économie et de l’aménagement de son espace de vie. Parmi les grandes revendications, citons une meilleure place de la culture bretonne dans l’enseignement, les médias, la vie publique, une décentralisation réelle dotant le Conseil Régional de moyens juridiques et financiers pour mener une politique plus efficace, la restauration de l’environnement naturel, et la réunification administrative pour regrouper les forces vives. L’obtention de ces mesures ferait de la Bretagne une région comparable aux grandes régions européennes, capable notamment de mener à bien la transition vers une économie compatible avec la qualité du milieu naturel.

Le verdict des sondages : les partisans de la réunification sont majoritaires

De 1998 à 2006 les sondages d’opinion se sont multipliés. A la question « Êtes-vous favorable au rattachement de la Loire-Atlantique à la Bretagne » les personnes interrogées en Loire-Atlantique ont répondu par un OUI allant de 62 à 75% lors des 7 sondages. En région administrative Bretagne, pour la même question posée par 4 sondages, les OUI l’emportent de 63 à 72%. Même dans les Pays de la Loire, un sondage en 2002 sur une question identique donne une majorité de OUI à 56% à cause du poids de la Loire-Atlantique, augmenté de celui de la Sarthe. En Mayenne, Vendée et Maine-et-Loire le OUI est minoritaire mais d’assez peu (40 à 45%). La convergence et la stabilité des résultats permettent d’affirmer que, dans chacun des cinq département bretons, une nette majorité des habitants est favorable à la réunification administrative de la Bretagne. Le dernier sondage effectué en décembre 2013 par TMO Régions pour « Bretagne Culture Diversité » confirme cette réalité.

La revendication se renforce progressivement

Dans les années 1970 et 1980, la lutte pour la réunification est mené par le CUAB (Comité pour l’Unité Administrative de la Bretagne, aujourd’hui Bretagne Réunie) de plus en plus épaulé par les associations culturelles qui continuent à déployer leurs activités en Loire-Atlantique sans tenir compte du découpage administratif. En 2000 les grandes fédérations culturelles s’allient au CUAB pour former un front commun représentant de 40 000 à 50 000 adhérents répartis sur les cinq départements bretons. C’est une puissance que les politiques ne peuvent ignorer : en témoigne l’affaire de la réforme judiciaire.

En 2007, cette réforme prévoit notamment d’ajuster la distribution spatiale des Cours d’appel au découpage régional. L’application du principe « une Cour d’Appel par région » signifiait le retrait de la Loire-Atlantique du ressort de la Cour d’appel de Rennes qui comprend les cinq départements bretons. Une manifestation publique à Rennes, organisée par des juristes et le front pour la réunification, a suffi pour persuader Mme R. Dati, Garde des Sceaux à l’époque, de conserver l’organisation existante qui est aussi celle de l’ordre des notaires.

D’autre part, les acteurs économiques prennent de plus en plus conscience des avantages de la réunification. L’association Produit en Bretagne, qui regroupe 300 entreprises et dont la zone d’action inclut la Loire-Atlantique, est un exemple du renfort que des chefs d’entreprises de la Région Bretagne apportent au mouvement pour la réunification.

Le soutien des assemblées représentatives

En 1977, sous la présidence de Giscard d’Estaing, l’État reconnaît que la Bretagne constitue une minorité culturelle et lui accorde une Charte Culturelle facilitant la diffusion de la culture bretonne. Le Conseil général de Loire-Atlantique adhère à cette Charte par un vote à l’unanimité qui est la reconnaissance explicite de l’appartenance du département à la Bretagne.

Le 22 juin 2001, ce même Conseil adopte un vœu « Pour la reconnaissance institutionnelle de l’identité bretonne en Loire-Atlantique » qui est en fait une demande adressée au gouvernement d’organiser un débat public et une procédure de réunification de la Bretagne.

Le 2 juillet 2001, le Conseil Régional de Bretagne vote un vœu dans le même sens, vœu qu’il renouvelle le 8 octobre 2004 par une « Résolution relative au processus de réunification de la Bretagne ». Les deux assemblées ont relayé une revendication populaire et, sans attendre la réunification, ont mis en route une coopération, par exemple sur la promotion touristique, sachant que la clientèle s’intéresse à la Bretagne dans ses limites historiques et culturelles.

La conjonction du mouvement culturel, d’acteurs économiques et de représentants politiques, a eu pour effet de contraindre l’IGN (Institut Géographique National) à rectifier la carte routière régionale publiée en 2010 sous le titre « Bretagne » alors que la région représentée est la région administrative. C’est là, certes, une victoire mineure, mais il faut bien constater que tous les efforts consentis ont jusqu’à présent échoué à modifier le découpage régional. Pourquoi ?

La persistance du blocage

Une première cause réside dans le mode de fonctionnement de l’Etat qui demeure très centralisé. Les mesures prises en faveur des régions en 1982 ont été limitées par le renforcement des départements et récemment par les mesures favorisant la croissance des métropoles régionales. Le pouvoir central persiste à redouter la présence de régions trop puissantes Dans cette optique, une Bretagne incluant la Loire-Atlantique n’est pas souhaitée.

Seconde cause : la réunification n’est pas une revendication assez forte pour que les deux grands partis politiques l’inscrivent dans les priorités de leurs programmes électoraux. Il manquerait sans doute un parti régionaliste assez puissant pour changer la donne.

La troisième cause serait la division des partisans de la réunification sur l’objectif territorial : la Bretagne dans sa dimension historique ou une région plus vaste. Des sondages en 2003 ont révélé cette divergence à l’intérieur du courant majoritaire. On peut en conclure que la question des limites reste ouverte tant que les départements limitrophes n’auront pas exprimé leurs préférences.

L’obstacle se durcit au fil du temps

Certes en 2001, au Conseil Général de la Loire-Atlantique, les socialistes et la Droite ont voté ensemble un voeu favorable à la réunification. Mais depuis que le parti socialiste est en 2004 devenu majoritaire dans le Conseil Régional des Pays de la Loire, il n’est plus question de soutenir la réunification de la Bretagne, du moins dans ses limites historiques. L’électorat socialiste n’a pas pour autant changé d’avis sur la question. Cependant le blocage permet à la région Pays de la Loire de s’enraciner en Loire Atlantique qui est à la fois un département breton et le principal département des Pays de la Loire tant par son poids démographique et économique que par le choix de Nantes comme siège du Conseil Régional. Depuis la réforme régionale de 1982, cela fait trente ans que se développent les multiples réseaux « ligériens » des organisations du patronat et des syndicats, mais aussi de la culture, de l’éducation et de la recherche, du sport et des loisirs, et évidemment de la politique.


Vers une nouvelle donne pour débloquer la situation ?

L’alliance Nantes-Rennes pourrait faciliter la réunification de la Bretagne

On a pu croire que la réunification de la Bretagne mettrait un terme à la rivalité des deux villes. En fait la limite régionale qui les sépare ne les a pas empêchées de dialoguer en direct. Les deux maires ont laissé entendre que la réunification ne figurait pas dans leurs objectifs. Sans doute veulent-ils conserver à chaque ville son rôle de capitale régionale et les emplois liés à cette fonction ? Il n’empêche que leur volonté d’alliance facilitera le processus de réunification

Depuis 2009, les services des deux métropoles collaborent effectivement. Mais dès qu’il s’agira de lancer de grands projets, la nécessité d’obtenir l’adhésion de deux conseils régionaux sera un handicap sérieux. En effet le montage des dossiers est compliqué quand il faut faire participer deux régions et cela selon des procédures différentes. Quand les projets de Nantes et Rennes seront affectés par l’allongement des délais , voire par des blocages, il est probable que, pour faciliter le fonctionnement de leur alliance, Nantes et Rennes souhaiteront supprimer l’absurde limite administrative régionale qui les sépare.

D’autre part, et ce serait une avancée importante, les deux villes pourraient s’accorder sur la question de la capitale de la future région. Logiquement ce rôle reviendrait à la métropole bi-polaire et se traduirait probablement par un partage de cette fonction entre Nantes et Rennes. En revanche la question des limites de la future région resterait entière.

Le remaniement du découpage régional du Nord-Ouest : réalités et incertitudes

La plupart des régions d’Europe portent des noms médiévaux et leurs limites ont été fixées par la Géographie, par l’Histoire, par la Culture. De ces trois facteurs découle un sentiment plus ou moins fort d’appartenance de la population à sa région. L’économie moderne, d’apparition tardive, n’a donc joué aucun rôle dans la fixation des limites régionales ou nationales, qui d’ailleurs ne constituent plus une entrave aux flux de marchandises dans l’Union Européenne. On peut de ces réalités déduire que, dans le cas de la Bretagne où le sentiment d’appartenance est puissant, les arguments économiques en faveur de son incorporation dans une région Ouest sont d’une importance secondaire. En Europe, les régions dotées d’une forte identité et d’un grand attachement de la part de leurs habitants, sont souvent parmi les plus prospères.

Cependant le départ de la Loire-Atlantique soulèverait la question du devenir des autres départements des Pays de la Loire. Il est donc nécessaire de considérer la réunification de la Bretagne dans le cadre d’un remaniement du découpage administratif de la France du nord-ouest qui est particulièrement mal adapté aux identités régionales. Dès 1988, dans « Bretagne et Grand Ouest » une carte proposait de réduire les six régions administratives à quatre en respectant la Bretagne et la Normandie qui ont chacune une stature européenne par leur notoriété internationale, une dimension démographique, économique et culturelle suffisante, et enfin une identité régionale affirmée. Cette solution, présentée aussi en 1994 dans la « Géographie et aménagement de la Bretagne » (page 221), fut reprise en 2009 par le Comité Balladur chargé de préparer une réforme des collectivités locales, qui proposa un redécoupage réduisant le nombre de régions administratives de l’Hexagone de 22 à 15. Une proposition restée sans suite….

Mais les départements limitrophes de la Bretagne seraient-ils d’accord pour entrer dans une région axée sur le Val de Loire ? Il est vrai que la densité du réseau autoroutier facilite maintenant les liaisons est-ouest. On ne sait que répondre par manque de sondages d’opinion et de prises de position des Conseils généraux, sauf celui de la Sarthe qui a exprimé le souhait d’entrer dans la région Centre. Du coup on ne peut pas exclure qu’un ou plusieurs de ces départements limitrophes préfèreraient s’associer à la Bretagne, ce qui placerait celle-ci devant un choix difficile si un refus de sa part devait bloquer la réunification.

Un « Grand Ouest » : une solution impraticable

Le Grand Ouest est un vaste espace aux limites variables, incluant parfois la Basse Normandie ou le Poitou, selon différents auteurs qui ne tiennent compte ni de l’Histoire, ni de la Géographie et pas davantage de l’opinion des citoyens sur leurs territoires régionaux. C’est surtout le souhait d’acteurs économiques et politiques nantais qui revendiquent pour Nantes le rôle de capitale de ce vaste espace. Ce projet, qui n’a jamais débouché sur une action concrète, a très peu de chance de se réaliser car l’alliance avec Rennes conduit au partage du rôle de capitale et surtout l’adhésion des populations est problématique. En Basse-Normandie, selon les sondages, existe une majorité favorable à la réunification de la Normandie. En Poitou-Charentes, la partie charentaise est orientée nettement vers Bordeaux et quant au Poitou, il n’y a probablement que la Vendée qui pourrait être intéressée par une région Ouest. Par contre, pour une majorité de Bretons, il est totalement exclu que la réunification de leur territoire s’accompagne de la perte de son nom et de son drapeau. Dans ces conditions le Grand Ouest ne peut exister en tant que région administrative mais il est pertinent de l’organiser en tant qu’espace de coopération interrégionale pour des questions qui se posent à cette échelle spatiale.


En conclusion, la question de la réunification de la Bretagne reste d’actualité. Le mouvement des Bonnets Rouges en automne 2013 a repris cette revendication. Le professeur Jacques Baguenard, co-auteur de « L’Automne des Bonnets Rouges : de la colère au renouveau », considère que « la décentralisation doit s’imposer de la périphérie et pas se proposer depuis Paris ». L’Etat est incapable de se réformer tant qu’il n’y sera pas contraint par des forces sociales périphériques. Une décentralisation dotant les régions de nouvelles compétences et de nouvelles ressources financières ne suffira pas. Pour que l’Ouest en bénéficie à plein, il faut revenir sur un découpage conçu pour sauvegarder la puissance du pouvoir central. Les limites des régions doivent respecter les territoires historiques qui sont un élément constitutif  du  patrimoine collectif des populations et une base de leur économie et de leur rayonnement en Europe et au-delà. 

Sources

Joseph Martray et Jean Ollivro, La Bretagne réunifiée, une véritable région européenne ouverte sur le monde. Les Portes du Large 2001 Pierre-Yves Le Rhun, Bretagne et Grand Ouest, Skol Vreizh 1988 Collectif, Géographie et aménagement de la Bretagne, Skol Vreizh 1994 Michel Nicolas, Breizh, la Bretagne revendiquée, Skol Vreizh 2012 Yvon Ollivier, La désunion française. Essai sur l’altérité au sein de la République française, l’Harmattan, 2012 Jacques Baguenard, Erwann Charles, Hervé Thouement, René Pérez , L’Automne des Bonnets Rouges : de la colère au renouveau, Editions Dialogues, 2014 Archives de l’association Bretagne Réunie Sondage TMO Régions décembre 2013 pour BCD (Bretagne Culture Diversité, ex Institut Culturel de Bretagne), disponible sur bcdiv.org Presse régionale



Tiroir : Bretagne et espace français

Auteur : Pierre-Yves Le Rhun

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